Scénario : Stéphane Tamaillon
Dessin : Daniel Blancou
L'ouvrage se présente comme une bande dessinée de non-fiction, croisant le reportage scientifique et l'enquête de terrain. Le point de départ est un constat glaçant que partagent les apiculteurs du monde entier : le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles. À travers un panorama mondial, le récit explore le rôle fondamental de la pollinisation pour la biodiversité et notre propre survie alimentaire, tout en remontant les pistes des coupables (pesticides, monoculture, dérèglement climatique, parasites). Mais loin de n'être qu'un cri d'alarme désespéré, l'album s'attache aussi à mettre en lumière les initiatives locales et mondiales pour inverser la tendance.
Stéphane Tamaillon réussit le pari de rendre accessible une tonne de données scientifiques et géopolitiques sans jamais perdre le lecteur. Plutôt que de livrer un cours magistral, le scénariste choisit de donner la parole aux acteurs de cette crise : apiculteurs passionnés, scientifiques de pointe et militants écologistes. Cette approche humaine permet d'incarner le problème. L'enquête voyage. On passe des campagnes françaises étouffées par l'agriculture intensive aux vergers de Chine où l'on est parfois contraint de polliniser à la main, en passant par les immenses exploitations d'amandiers en Californie. C'est une véritable anatomie de la mondialisation agricole qui nous est proposée. Le scénario évite habilement le piège du "doomism" (le catastrophisme paralysant). La dernière partie est résolument tournée vers l'action, détaillant des solutions concrètes, de la réhabilitation des haies à la transition vers l'agroécologie. Le style de Daniel Blancou s'adapte parfaitement à l'exercice exigeant de la BD documentaire. Son trait, à la fois semi-réaliste et très expressif, permet de vulgariser des schémas biologiques ou écologiques complexes sans lourdeur. Les décors (qu'ils soient industriels ou bucoliques) sont soignés et permettent de bien saisir les contrastes géographiques de l'enquête. Le traitement chromatique joue un rôle narratif fort. Des scènes lumineuses célébrant la nature vibrante s'opposent aux ambiances plus ternes, presque cliniques, des laboratoires ou des zones de monoculture intensive. Cela renforce l'impact émotionnel du récit. L'album rappelle avec force l'adage (souvent attribué à Einstein) selon lequel si l'abeille disparaissait, l'humanité n'aurait plus que quelques années à vivre. La démonstration de notre interdépendance avec l'insecte est implacable. La BD pointe du doigt les dérives de l'agro-industrie sans pour autant diaboliser aveuglément les agriculteurs, souvent présentés comme les premières victimes d'un système qui les dépasse.
VERDICT
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"Les abeilles se cachent pour mourir" est un ouvrage à charge mais constructif, indispensable pour décoder la crise environnementale actuelle. Un roman graphique percutant, intelligent et visuellement impeccable, à mettre entre toutes les mains pour éveiller (ou réveiller) les consciences.